Maude Théroux-Séguin en conférence de presse juste avant la campagne électorale. Photo : Phi;ippe Rachiele / JDV

La nouvelle mairesse d’Ahuntsic-Cartierville, Maude Théroux-Séguin, promet que la consultation sera la marque de son mandat, et qu’elle ne se contentera pas des seules consultations publiques obligatoires.

« On ne fera pas qu’informer les gens », assène-t-elle. Elle reconnaît néanmoins que, sous la précédente administration, il était courant de consulter pour les grands projets. « On le faisait pour les parcs, notamment : “Voulez-vous un terrain de soccer ou un terrain de baseball ?” C’est bien beau, mais les parcs, ça ne risque pas vraiment de susciter la grogne », illustre-t-elle.

Selon elle, les citoyens se mobilisent davantage lorsque les décisions touchent directement leur environnement, comme lorsqu’on construit une tour de neuf étages dans leur cour arrière, par exemple. La pertinence des décisions des élus est jugée quand les opinions sont polarisées.

« Quand les citoyens de toute une rue se soulèvent parce qu’ils ont le sentiment de ne pas être écoutés, parce que le PPU n’est pas respecté ou parce que nos décisions vont à l’encontre de nos propres règles d’urbanisme, c’est à ce moment-là qu’il faut faire une consultation publique », souligne Mme Théroux-Séguin.

Elle critique au passage la Loi modifiant diverses dispositions législatives en matière d’habitation, qui permet entre autres d’octroyer un permis pour un projet nécessitant des dérogations sans consultation de la population – un outil donné par Québec aux municipalités pour accélérer la construction de logements.

Au fil du boulevard

Le Corridor de mobilité durable – la piste cyclable du boulevard Henri-Bourassa – focalise l’attention. La nouvelle mairesse assure vouloir réfléchir sérieusement aux options avant de trancher. Elle refuse pour le moment de parler de démantèlement.

Pour elle, ce n’est pas la piste cyclable qui pose problème, mais plutôt la fluidité de la circulation. « Le Corridor de mobilité durable sur le boulevard a créé un effet pervers. Les autos percolent dans les petites rues résidentielles où il n’y avait aucune circulation avant. On aurait peut-être pu faire autrement », croit-elle. Elle pense notamment à fixer un horaire de priorités pour le bus et à permettre des heures de stationnement.

Elle critique aussi le manque de concertation et l’imposition de solutions inadaptées. Elle pointe du doigt l’ancienne administration quant aux mesures de mitigation proposées aux commerçants pour qu’ils s’adaptent aux changements. « Ce n’est pas en mettant deux espaces de stationnement de quinze minutes à 150 mètres du commerce que tu accompagnes les gens », martèle-t-elle. Pire, elle y voit une contradiction avec le discours qui valorise la vie de quartier.

« Tout le monde s’emballe avec les commerces de proximité et nos SDC. Mais lorsque vient le temps de prendre soin des entrepreneurs qui tiennent leur commerce à bout de bras, personne ne répond à l’appel. »

Mme Théroux-Séguin remarque également une démobilisation des citoyens, qui ont le sentiment que leurs doléances restent lettre morte. « Pendant la campagne électorale, quand tu cognes aux portes, les gens te parlent de ce qui les dérange. Au quotidien, cela peut peser. Ils n’ont pas le temps de se plaindre et ils n’ont plus confiance au 311. » C’est une situation qu’elle souhaite corriger, assurant que la nouvelle administration d’Ensemble Montréal s’en occupera rapidement. « Nous allons revoir les mécanismes du 311 ainsi que le taux de réponse très faible. Cela n’a pas de sens. Je veux comprendre pourquoi. »

L’entrée en politique

Pour son entrée en politique, Maude Théroux-Séguin a remporté la mairie d’Ahuntsic-Cartierville, devançant la mairesse sortante Emilie Thuillier par 970 voix. « Quand je me suis engagée, j’étais sûre de gagner. », confie-t-elle au Journal des voisins (JDV).
Cette victoire marque une étape importante pour celle qui dirigera la mairie d’arrondissement. Battre Emilie Thuillier, élue depuis seize ans dans ce bastion de Projet Montréal, n’était pas chose facile. « J’ai l’impression qu’eux aussi [Projet Montréal] pensaient gagner et qu’ils se sentaient bien installés à Ahuntsic-Cartierville. »
La nouvelle mairesse admet que son adversaire bénéficiait d’un grand capital sympathie dans l’arrondissement, mais souligne par ailleurs que ce résultat reflète la réalité politique locale. Elle a fait beaucoup de porte-à-porte et constaté le désir de changement des citoyens. « Les gens étaient fâchés. Ils étaient tannés. Ils disaient qu’ils n’étaient pas écoutés, analyse Mme Théroux-Séguin. Et nous, nous proposions une alternative pertinente et sérieuse. »
Elle estime qu’avec moins de dispersion des voix, elle aurait obtenu une majorité avec quatre autres élus au conseil. Joanne Lacombe, dans le Sault-au-Récollet, a perdu face à Carla Beauvais par 62 voix. Justine Lalande-Church, pour la circonscription d’Ahuntsic, a été battue par à peine 314 voix, alors que la majorité de Nathalie Goulet était de plus de 6000 voix la dernière fois.
Ce texte a été publié dans la version papier du JDV de décembre 2025.

Journaliste de l'Initiative de journalisme local (IJL)

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