JOURNAL DES VOISINS, Dimanche 11 janvier 2026

Sauvons La Bergerie! (chap. 1)

Conte de Noël

Illustration : Martin P.-M.

Ce conte a été écrit à plusieurs mains par des membres de l’équipe du Journaldesvoisins.com: Leïla Fayet, Éloi Fournier, François Robert-Durand, Simon Van Vliet, et Christiane Dupont.  (La rédaction)

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Le vieux concierge de la bâtisse patrimoniale du boulevard Gouin, un bâtiment qu’on avait toujours appelé La Bergerie, savait qu’il ne serait plus encore longtemps le gardien de l’édifice dont il faisait l’entretien depuis 33 ans.

En fait, le vieux concierge – Melchior, de son prénom – s’en doutait depuis un bon bout de temps.

Après tout, depuis quelques mois, le patron lui avait demandé de faire toutes sortes de petits travaux de réparation ici et là sur les trois étages, en plus de son travail d’entretien normal. Mais lui, Melchior, savait que la bâtisse qui datait avait besoin plus que de petites rénovations, mais, bon… on ne lui demandait pas son avis.

Et le dernier OBNL qui louait la place, le CPE Nos petits anges, avait été forcé de quitter en mai dernier, parce que le propriétaire voulait doubler le loyer dans le nouveau bail.

Puis, le patron, monsieur E. Benezer Junior, était passé plus tôt dans la journée du 15 décembre et lui avait annoncé que son poste serait aboli une semaine plus tard, au 23 décembre.

— Mais je vais te donner une belle dernière paye, Melchior, lui dit M. Benezer. Je veux pas que tu perdes ton Nowel, tu comprends? C’est pas que t’es pas un bon employé, Melchior. Mais je va vendre et y’a des bonnes chances que le monde qui vont acheter vont y démolir pour bâtir des condos. Fais que t’étais mon dernier employé icitte. L’agent y met la pancarte le 23 décembre; je viens de signer.

— Ben oui, patron. Je comprends, fit Melchior, qui travaillait là depuis trois décennies. Presque toute une vie.

— Mais j’ai queq chose à te d’mander, reprit M. Benezer… J’aimerais ça que tu mettes des lumières de Noël dehors, les belles bleues qui nous restent. Mettons que tu les mets autour de la porte. Ça va être plus joyeux et plus sûr, vu qu’il y aura plus personne le soir jusqu’à temps que je vende. Aussi, ça va mieux paraître… pour l’agent, tu comprends!

Melchior acquiesça, en se disant : « Ouais, plutôt pour l’argent! ».

De toute manière, qui était-il pour dire quoi que ce soit? Rien qu’un vieux. Un vieux concierge. Et puis, son patron ne lui demandait pas son opinion. Il savait que Benezer voulait vendre, vendre le gros prix. Il y avait de grosses chances que ce soit démoli, et que des condos y soient bâtis, et tant pis pour le patrimoine et les OBNL qui avaient dû déménager et qui manquaient de place. Tant pis pour la garderie qui avait dû trouver un local ailleurs.

Lui, Melchior, trouvait quand même bizarre qu’on puisse vendre une bâtisse comme celle-là pour en faire des condos de riches, une bâtisse qui avait besoin d’amour, c’est sûr, mais qui se tenait encore bien droite, malgré le fait qu’elle soit presque centenaire. Une bâtisse qui avait toute une histoire.

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