JOURNAL DES VOISINS, Dimanche 11 janvier 2026

Briser le tabou une serviette à la fois

Hayley Newman-Petryshen,Clara Bolster-Foucault et Sophia Harman-Heath de Dignité mensuelle dans leur entrepôt à Ahuntsic. Produits mentsruels
Hayley Newman-Petryshen, Clara Bolster-Foucault et Sophia Harman-Heath de Dignité mensuelle dans leur entrepôt à Ahuntsic. Photo: JDV / Amine Esseghir

Une chose naturelle dont on parle peu. Ce silence recouvre pourtant un gros tabou. C’est celui de l’accès égalitaire aux produits menstruels pour des dizaines de jeunes filles notamment. Trois femmes se sont engagées pour changer cela.

Pour ranger les fournitures destinées à la distribution, l’organisme «Dignité mensuelle», dispose à Ahuntsic d’un petit entrepôt. Il leur a été offert gracieusement par Montréal Mini-Storage (MMS), qui a ouvert récemment le premier site d’entreposage fait par les femmes pour les femmes.

«Avant, beaucoup de ces boîtes étaient dans nos placards à la maison», lance Sophia Harman-Heath.

Depuis 2017, avec ses deux complices, Clara Bolster-Foucault et Hayley Newman-Petryshen, cherchent des produits menstruels, partout où elles peuvent les trouver. L’objectif est d’éliminer la précarité menstruelle.

«Il y a des gens qui nous donnent des produits, une seule fois, parce qu’ils font un don ponctuel», souligne Clara.

Le phénomène est pourtant connu. Des femmes issues de milieux défavorisés risquent des problèmes de santé quand elles n’ont pas l’argent pour acheter régulièrement tous les produits dont elles ont besoin.

«Elles vont porter la même serviette plus longtemps. Elles vont porter des choses peu sécuritaires ou encore des produits de fortune. Elles vont manquer l’école ou le travail parce qu’elles n’ont pas accès aux produits», décrit Clara Bolster-Foucault.

S’il est facile de solliciter un organisme communautaire pour des pâtes et de la sauce tomate, cela devient plus compliqué quand quelqu’un cherche ce genre de produits.

«Demander de la nourriture, c’est moins stigmatisant que de demander un tampon parce qu’on ne peut même pas en parler, on ne peut même pas dire le mot», croit l’interlocutrice du Journal des voisins (JDV).

Récupération utile

Les produits qu’elles collectent viennent de distributeurs ou d’industriels. Il y a au moins un producteur qui leur assure la fourniture régulière, ce qui les aide beaucoup.

«Notre plus gros partenariat, c’est avec First Quality. Ils nous donnent des produits qu’ils ne peuvent pas vendre», souligne Clara.

Cela peut être des paquets ouverts pour le contrôle qualité, ou des produits dont l’emballage n’est plus dans les rayons. Même s’ils sont toujours bons pour la consommation, ils sortent de la chaîne d’approvisionnement.

«Ces produits-là auraient été jetés auparavant », souligne-t-elle.

Avec l’important volume de production de l’entreprise, les trois jeunes femmes se retrouvent avec beaucoup de produits, et elles savent à qui les donner.

Depuis son lancement, «Dignité mensuelle» a conclu des ententes avec des dizaines d’organismes.

«On en a 45 maintenant. On en avait 41, il y a quelques mois. Nous en avions peut-être deux quand nous avons commencé», relève Hayley Newman-Petryshen.

Proposer des options

Les fondatrices de «Dignité mensuelle» ont apporté à Montréal et au Québec une expérience qui existe déjà dans d’autres régions du Canada devenant le seul organisme francophone du genre.

«Dignité mensuelle» tente de diffuser les informations liées à la santé ou pour favoriser le meilleur usage de ces produits et éventuellement des changements de comportements. La distribution gratuite de produits menstruels est avant tout une façon de prendre soin de la santé des femmes.

«Il y a beaucoup d’éducation à faire. Beaucoup de gens ne connaissent pas toutes les options réutilisables. Elles connaissent les tampons, les serviettes, mais les disques menstruels, c’est moins connu», explique Mme Bolster-Foucault.

Toutefois, l’organisme tient à offrir toute la panoplie de produits disponibles et laisse aux femmes le soin de choisir ce qui leur convient.

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